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LE VOYAGE PHILOSOPHIQUE

LE VOYAGE PHILOSOPHIQUE

Aliments pour une réflexion philosophique


L'USAGE DE LA FORTUNE selon PLUTARQUE

Publié par medomai sur 17 Décembre 2017, 11:04am

Catégories : #PLUTARQUE, #FORTUNE, #HASARD, #CHANCE, #SAGESSE, #PHILOSOPHIE, #ART, #PEINTURE, #ALÉA, #NÉALCHÈS, #THÉOPHRASTE, #PRUDENCE, #BONHEUR, #MALHEUR, #LIBERTÉ, #POLITIQUE

HASARD CHANCE ART PEINTURE PLUTARQUE FORTUNE
(rationalworks@tumblr)

 

 


 

   « C'est la Fortune et non la Sagesse, dit Théophraste, qui décide de la vie des mortels. [Mais] si nous attribuons ainsi à la chance le fait qu'un acte soit sage, pourquoi ne pas mettre encore sur le compte du hasard les actions justes, la maîtrise de soi, et pourquoi pas aussi le vol et la dépravation ? Pourquoi, renonçant à tout usage de la raison, ne pas s'abandonner à la Fortune pour qu'elle nous ballotte, comme la poussière que le vent emporte ? Bannissez la sagesse, il n'y aura plus ni réflexion, ni délibération, ni choix des moyens les plus propres à bien conduire les affaires.

   [Et] que pourront trouver ou apprendre les hommes, si tout est accompli par la Fortune ? La rendre maîtresse de tous les événements humains, n'est-ce pas dissoudre les assemblées qui décident dans les Républiques, et rendre inutiles les conseillers des Princes ? Nous la traitons d'aveugle, et nous nous laissons conduire en aveugles par ses caprices. Et n'est-ce pas l'être, en effet, que de s'arracher, pour ainsi dire, les yeux de la prudence, et de prendre une divinité aveugle pour guide de sa vie ?

   Le peintre Néalchès qui peignait un cheval, content d'ailleurs de son ouvrage, ne pouvait parvenir à bien rendre cette écume épaisse que le cheval fait sortir de sa bouche en rongeant son frein. Après plusieurs essais inutiles, d'impatience il saisit son éponge pleine de couleurs et la jette brusquement sur le tableau. Le hasard fit qu'elle tomba sur la bouche du cheval, et rendit parfaitement l'idée du peintre. C'est le seul exemple que je connaisse où la Fortune ait mieux fait que l'Art. Dans tous leurs ouvrages, les artisans utilisent des règles, la mesure et le calcul, pour ne rien laisser au hasard.

   Les choses les plus importantes, celles qui contribuent le plus au bonheur de l'homme, se feraient-elles sans prudence, sans jugement et sans raison ? A-t-on jamais vu un ouvrier, après avoir détrempé de la terre avec de l'eau, laisser le hasard faire ses briques, ou après avoir acheté de l'étoffe ou du cuir, se tenir tranquille, en priant la Fortune de lui faire des habits ou des souliers ?

   Mais combien de gens, après avoir amassé de grandes sommes d'or et d'argent, acheté une multitude d'esclaves et des maisons magnifiquement meublées, s'imaginent qu'avec ces richesses ils n'ont pas besoin de la sagesse pour être heureux, et que sans elle ils mèneront une vie tranquille, exempte de tout revers de fortune ?

   La sagesse, ce n'est ni l'or, ni l'argent, ni la richesse, ni la gloire, ni la santé, ni la beauté, ni la force. Qu'est-elle donc ? Ce qui nous fait bien user de tous ces avantages, qui nous en rend la jouissance douce, utile et honorable. Sans elle ils sont fatigants, infructueux, nuisibles même et déshonorants. (...) Une grande fortune, selon Démosthène est, pour l'imprudent qui ne la mérite pas, un moyen de faire des folies ; et plus de bonheur qu'il n'en peut porter est, pour l'homme qui manque de sagesse, une occasion de devenir malheureux. »

PLUTARQUE, De la Fortune


 

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