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LE VOYAGE PHILOSOPHIQUE

LE VOYAGE PHILOSOPHIQUE

Aliments pour une réflexion philosophique


SCHÈME D'UN UNIVERS INDÉTERMINISTE PUR : LA RHAPSODIE

Publié par medomai sur 21 Janvier 2018, 09:30am

Catégories : #PHILOSOPHIE, #CHAOS, #DÉSORDRE, #RAPSODIE, #KANT, #CRITIQUE, #RAISON, #PURE, #ORDRE, #IMAGINATION, #PENSÉE, #PENSABLE, #LOGIQUE, #INDÉTERMINISME, #DÉTERMINISME, #LOI, #RÉGULARITÉ, #RÈGLE, #CONSTANTE, #MONDE, #UNIVERS, #RÉALITÉ, #MÉTAPHYSIQUE, #CONCEPT, #SCHÈME, #HASARD, #CONTINGENCE, #ALÉA, #COÏNCIDENCE, #SÉRIE, #DOUBLE, #RÉPÉTITION, #BOUCLE, #PHÉNOMÈNE

UNGLTCHME GIF ANIMOGRAPHE
ungltchme@tumblr

 

Il est bien entendu difficile d'imaginer de ce que pourrait être un monde intégralement indéterminé, c'est-à-dire gouverné sans exception par le phénomène du hasard.

 

Car un univers réglé uniquement par l'absence de règles ne serait plus un univers mais un chaos, et, de même qu'imaginer un jeu de hasard suppose paradoxalement des règles, l'inorganisation pure est par définition difficile à imaginer (notre imagination ayant hélas besoin de règles...).

 

Mais on pourrait peut-être élaborer une figure approchée de l'univers indéterministe pur, autrement dit un schème, à l'aide du concept de maximum appliqué au principe de l'indétermination dans une série.

 

C'est ce que Kant nomme dans sa critique de la raison pure une "rhapsodie" ("eine Rhapsodie", cf. Kritik der reine VernunftAAIV, Seite 110, l.2).

 

Dans la première édition de la Kritik (1781), il nous en donne un portrait saisissant (qu'il a effacé dans la 2ème édition de 1787...).

 

Medomai te propose, chère lectrice et cher lecteur, de relire ce portrait schématique de la rhapsodie, suivi de quelques commentaires :

 

 

« C'est, à la vérité, une loi simplement empirique [ein bloß empirisches Gesetz] que celle en vertu de laquelle des représentations qui se sont souvent suivies ou accompagnées finissent par s'associer entre elles et par former ainsi une liaison [eine Verknüpfung setzen] telle que, en l'absence de l'objet, une de ces représentations fait passer l'esprit à une autre, suivant une règle constante [nach einer beständigen Regel]. Cette loi de la reproduction [de la série des représentations dans l'imagination] suppose que les phénomènes eux-mêmes [die Erscheinungen selbst] soient soumis réellement à une telle règle et que ce qu'il y a de divers dans leurs représentations forme une suite ou une série suivant certaines règles [eine, gewissen Regeln gemäße, Begleitung, oder Folge stattfinde] ; car autrement, notre imagination empirique n'aurait jamais rien à faire qui fût conforme à son pouvoir, et demeurerait donc enfouie au fond de l'esprit comme une faculté morte et inconnue à nous-mêmes.

 

Si le cinabre était tantôt rouge, tantôt noir, tantôt léger, tantôt lourd, si un homme se transformait tantôt en un animal, tantôt en un autre, si dans un long jour la terre était couverte tantôt de fruits, tantôt de glace et de neige, mon imagination empirique ne pourrait jamais trouver l'occasion de recevoir dans la pensée le lourd cinabre avec la représentation de la couleur rouge ; ou, si un certain mot était attribué tantôt à une chose, tantôt à une autre, ou, si la même chose était appelée tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, sans qu'il eût aucune règle déterminée à laquelle les phénomènes fussent soumis par eux-mêmes, aucune synthèse empirique de la reproduction [dans l'imagination] ne pourrait avoir lieu. »

*

*

 

CINABRE PIGMENT VERMILLON
La teinte du pigment de cinabre : rouge vermillon.

 

 

Qu'est-ce que la rhapsodie kantienne ? Un pur désordre dans les perceptions : le cinabre changeant à chaque instant de couleur et de poids. Changeant de nom. Le nom lui-même changeant de sens. Les hommes transformés en bêtes, et réciproquement. La neige devenant fruit, les saisons se disloquant à l'avenant.

 

On se fera la réflexion, a contrario, qu'un série de nombre pris au hasard n'est pas un pur chaos : car on sait d'avance, à chaque nouvelle occurrence... qu'il s'agira d'un nombre pris au hasard ! (Bref, impossible encore une fois de penser le hasard sans règle).

 

Dans une déliaison rhapsodique nulle habitude ne peut s'installer, nulle reconnaissance conceptuelle s'établir, nulle anticipation rationnelle se former, nul langage se stabiliser, bref nulle pensée synthétiser un minimum d'ordre intelligible.

 

Car la condition minimale de la pensée, ce qui peut lui permettre de se synthétiser sous la forme ne serait-ce que d'une imagination se "représentant" quelque chose comme des "phénomènes", c'est qu'au moins quelques phénomènes un minimum semblables puissent "recommencer", avoir lieu deux fois dans le même ordre (par exemple une forme et une couleur), donc se "reproduire" et se "remanifester" selon une série, laquelle pourra fonder une régularité stochastique et un langage stable et capable de faire référence à des" objets" dans un "monde".

 

En somme (et c'est un Kant très humien qui nous le dit), c'est l'ordre - certes bancal - de l'univers perceptible, qui éveille en nous l'aptitude à le percevoir tout autant qu'à saisir ses imperfections et ses exceptions. Et réciproquement, c'est la partie perceptible de cet ordre qui, sans surprise, nous paraît ordonnée... (car le désordre est par essence ce qui n'est pas, ou pas encore, perceptible selon son ordre...).

 

Autrement dit, les hasards, les coïncidences n'ont de sens que sur le fond d'un minimum de régularité et de constance dans les choses-mêmes.

 

Et un monde indéterminé pur restera à jamais, pour notre pensée, la limite du pensable.

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